Fictions

Au détour des sillons

Ils étaient sur le chemin, en route vers l’école. Tous les trois se tenaient par la main, elle au milieu. Elle pouvait encore englober leurs paumes et leurs doigts fins, même s’ils avaient bien grandi. Ils marchaient d’un bon pas, tranquille. Les deux enfants balançaient gaiement leur cartable de leur bras libre. La douceur matinale des timides rayons du soleil effleurait leur peau, zébrant leur visage de pans de lumière découpés par le feuillage des érables les surplombant. Une légère brise caressait leurs joues et faisait danser quelques mèches de leurs cheveux. La journée s’annonçait belle.

En foulant de ses pieds ce chemin de terre qui menait vers le centre du village, depuis leur maison excentrée, elle ne pouvait empêcher les souvenirs d’affluer. Ils remontaient à la surface tels des morceaux de bois mort charriés par les eaux vives d’une rivière. Elle essayait toujours de les combattre. De les enfouir, de leur remettre la tête sous l’eau pour les faire disparaître. Mais en vain. Alors elle finissait par les accepter, embrasser leur venue et les laisser la submerger. Et sans jamais se l’avouer, elle les accueillait avec une amère affection. Comme de vieux amis retrouvés au détour de la vie, qui font se sentir à la fois coupable d’avoir tenté de les oublier mais aussi heureux de les revoir après tant de temps passé.

Elle se souvenait du jour où ce courrier, rédigé par un Lieutenant, avait ébranlé les fondations de son existence. Le premier d’une longue liste qui n’avait suffi qu’à la briser et la confondre. D’abord porté disparu, son mari manquait à l’appel un jour de juin 1940. Quelques mois plus tard, un autre courrier lui annonçait qu’il était en fait prisonnier de guerre dans un Stalag quelque part en Allemagne. Le jour où elle reçut la première lettre écrite par son époux, courte et limitée à la taille d’une carte postale, elle pouvait à peine dissimuler ses larmes aux deux petits qui l’observaient depuis la table de la cuisine. Ce père absent leur manquait, surtout au garçon, âgé de trois ans à l’époque. Mais ils ne pouvaient se raccrocher qu’à la présence de son portrait photographique réalisé au moment où il s’était engagé pour la guerre et qui était fixé sur un mur de la cuisine. Ses courriers, très épars et succincts, auxquels elle répondait en finissant par comprendre qu’il ne recevait qu’une lettre sur deux, s’arrêtèrent brutalement vers la fin de 1942. Peu après, une ultime missive officielle, nébuleuse, balbutiait quelques mots sur une tentative d’évasion, on ne savait pas trop, une disparition, pas plus d’informations… Depuis, plus de lettres, plus de nouvelles.

Et pendant ce temps, elle se débattait avec un nouveau quotidien, bercé d’uniformes gris verts fraîchement débarqués, de tickets de rationnement et d’ersatz troqués sous le manteau. A cela s’ajoutaient les commérages, les regards dédaigneux entre voisins, les dénonciations, et les arrestations, plus rares, mais toujours bouleversantes. Et la faim, la fatigue, la tension, la peur… Femme seule élevant ses enfants, elle ne pouvait quasiment compter que sur l’allocation de mère au foyer. Sans son mari menuisier et son travail de couturière, mis à mal avec l’Occupation, elle n’y arrivait plus. Les œufs des quelques poules qu’elle avait réussies à préserver ne suffisaient pas à nourrir ses deux jeunes enfants ou à recevoir en échange des produits de première nécessité. De temps en temps, on lui offrait un peu de pain ou de beurre en plus, ou quelques travaux temporaires dans une ferme. Entre connaissances, la solidarité, même minime, se dissimulait sous la forme d’un morceau de viande qui pouvait sauver la semaine. Elle finit par trouver quelques tâches de lavandière à remplir, plusieurs semaines avant de recevoir la dernière lettre concernant son mari.

Ce fut aussi vers cette époque-là qu’elle le rencontra pour la première fois. Par une fin d’après-midi, alors qu’elle était en chemin vers la maison avec sa fille de quatre ans et son fils de cinq ans qu’elle emmenait partout avec elle, même au travail quand elle le pouvait. Elle tenait la petite, fatiguée, dans les bras, et le garçon, lorsqu’il ne s’agrippait pas à sa longue jupe, tentait d’attraper les disamares des érables qui voletaient tout autour d’eux. Le bruit de leurs pas s’étouffait sur la terre sèche du chemin de campagne qu’ils foulaient quotidiennement, et seul un léger froissement, lorsqu’un pied écrasait l’une des premières feuilles mortes envolées par l’automne, se faisait entendre. Le soleil illuminant le sentier un peu plus loin où le feuillage des arbres se faisait plus épars, la petite cohorte, aveuglée, ne remarqua pas immédiatement une haute silhouette avancer d’un pas déterminé dans leur direction. Et bientôt seuls quelques mètres les séparèrent. Elle perçut, trop tard, le bruit sourd de lourdes bottes résonnant sur le sol sec. Elle eut à peine le temps d’ouvrir la bouche que son garçon sautilla avec fougue et inconscience sur cette ombre inconnue. Le choc le fit s’étaler à terre, le nez face à des pointes de bottes noires.

Une voix grave s’éleva, débitant des mots sans sens. Après avoir prestement déposé sa fille à terre, elle remit son fils debout, l’épousseta, tout en s’excusant auprès du soldat et en marmonnant quelques remontrances à son enfant. Et ce fut à ce moment qu’un rire franc et clair éclata, rebondissant sur les feuilles des arbres et faisant vibrer le sol à leurs pieds. Elle releva la tête vers l’homme au visage hilare, aux pommettes soulignées par ses lèvres étirées, et aux yeux plissés qui dessinaient de fines ridules, tels de petits sillons au coin de ses paupières.

–        Plus de peur que de mal ? s’enquerra-t-il enfin, d’une voix sincère, un peu maladroite et portée par un fort accent.

Elle ne se souvenait plus de sa réponse. A ce moment-là, elle se demanda surtout depuis combien de temps elle n’avait pas vu quelqu’un de si facilement jovial. Elle était obnubilée par les petits sillons au coin de ses yeux rieurs. Autant que ses deux enfants l’étaient par la tablette de chocolat que le soldat tenait dans une main. Ce fut ce qui la ramena à la réalité. De leurs pupilles brillantes, fiévreuses, ils fixaient intensément le papier d’étain, s’interrogeant sur ce qu’il pouvait renfermer, devinant un trésor caché. Elle ne savait comment leur faire comprendre discrètement l’impolitesse de leur regard. Puis, le papier d’étain s’avança vers leurs petites mains avides, et ils admirèrent, éberlués, le contour cassant du chocolat noir qui se trouvait dorénavant entre leurs paumes.

–        Vous pouvez le prendre, il est à vous.

 Un accent. Un regard. Un sourire. Les yeux rieurs et leurs petits sillons.

*****

–        Maman, on est arrivé.

Le garçon tira sur la manche de sa mère avec insistance. Ils étaient parvenus aux grilles de l’école. D’un coup, les cris aigus des enfants s’éparpillant dans la cour et les marmonnements des commérages échangés vrillèrent ses tympans, comme si ses oreilles venaient de se déboucher après une longue attente dans le silence. Les souvenirs s’évanouirent. Elle salua de loin son fils déjà parti, puis sa fille qui renâclait toujours à la quitter. Elle attendit que la maîtresse fît entrer en rang les élèves et échangea un dernier regard avec sa fille, avant de se détourner pour elle aussi commencer sa journée. Elle devait se rendre chez une cliente pour qui elle effectuait quelques tâches de blanchisserie.

En retournant vers la place du village, elle aperçut un attroupement qu’elle n’avait pas remarqué à son premier passage, plongée dans ses pensées. Elle n’avait pas besoin de s’approcher pour se douter de ce qu’il en retournait. Ce n’était pas la première fois, et ce ne serait pas la dernière. Ça avait débuté avec la libération, mais même plus d’un an après, ça recommençait, avec d’autres. Surtout qu’en ce moment, depuis la fin de l’été 1945, les premiers retours des hommes prisonniers de guerre déchaînaient les passions. Elle baissa la tête et accéléra l’allure, en évoluant le plus loin possible de la foule afin de traverser la place rapidement. Un frisson la parcourut et un cri brisa sa bulle d’invisibilité. Contre son gré, mais comme un mouvement instinctif incontrôlable, elle releva le menton et écarquilla les yeux face aux visages qui s’étaient retournés pour l’observer. Etait-ce son nom qui avait jailli dans un éclat de voix ? Ou juste une exclamation ? L’avaient-ils repérée depuis le début ?

Dans une tentative désespérée de disparaître, elle s’obligea à fixer le sol à nouveau. Peut-être que personne n’avait fait attention. Lorsqu’elle perçut des bruits de pas sourds, une alarme résonna en elle, comme celle des couvre-feux, et elle se mit à courir. Elle bifurqua pour éviter une ombre qui lui tombait dessus sur la droite mais elle ne capta que trop tard celle qui bondit de l’autre côté. En tentant de se dégager elle se propulsa en avant, puis heurta quelqu’un, qui n’était pas un assaillant, mais qui n’avait pas pris la peine d’intervenir non plus. Finalement la masse se referma sur elle.

On attrapa ses deux bras d’une poigne digne de la force d’un étau et on la traîna jusqu’au reste de la bande, impatiente. On la poussa sans ménagement au milieu du cercle qui sembla se rétrécir comme pour l’étouffer. A côté d’elle se tenaient trois autres femmes aux épaules tombantes et aux yeux rivés vers le sol. Sur les joues de l’une d’entre elles luisaient des gouttes délicates qui mourraient à la commissure de ses lèvres. Mais à peine avait-elle reconnu dans cette femme l’une des jeunes lavandières qu’elle retrouvait souvent au lavoir situé de l’autre côté de la place, qu’on la bouscula vers l’avant.

–        Tu sais de quoi on t’accuse ? aboya la femme aux cheveux bouclés rassemblés dans un fichu avec laquelle elle se trouvait presque nez à nez.

Elle ne répondit que par un signe de tête négatif. Et ce fut le chaos. Des hurlements, des insultes, des crachats. A un moment, elle fut violemment tirée par la manche, qui se déchira, dénudant son épaule. La femme aux cheveux bouclés eut du mal à faire revenir un semblant de calme, bien que son regard enjoué trahît le plaisir qu’elle prenait à dominer ces êtres et à maîtriser les ardeurs des assoiffés de vengeance.

–        Toujours autant de culot ces putains ! Ça a passé des mois et des années à fricoter avec les chleus, et ça se dit innocent à chaque fois, lâcha la chef autoproclamée, sardonique.

–        T’as vraiment aucune décence. Faire ça à ton mari alors qu’ils l’ont sûrement saigné comme un chien. Tu verras, il va pas revenir avec les autres prisonniers, ajouta une femme sur sa droite.

–        Si ça s’trouve, c’est ton sale boche qui l’a refroidi. On sait qui c’était, celui qui se marrait tout le temps. Va savoir, une grenade lui a peut-être passé l’envie de se foutre de notre tronche maintenant, cracha un homme barbu.

C’était vrai. Il était peut-être mort. Elle ne savait pas ce qu’il était devenu, après qu’un soir d’été 1944 il était entré en trombe chez elle, complètement paniqué. Il devait partir, toute l’armée allemande battait en retraite en emportant tout ce qu’elle pouvait. Surtout qu’elle ne se rendît pas au village, c’était beaucoup trop dangereux. Des maisons avaient brûlé. Avec leurs occupants. Est-ce qu’elle voulait venir avec lui ? Non il ne fallait pas, elle ne pouvait pas. Il ne savait plus ce qu’il disait. Elle n’arrivait plus à le regarder ou à le toucher. Et finalement, c’était le ton de sa voix, cassée, sur la dernière phrase, qui lui avait fait relever la tête. Leur dernière nuit ensemble avait le goût âpre de la fumée, de la sueur et de la détresse.

*****

Sa gorge était tellement serrée qu’elle avait des difficultés à respirer. Ses poings fermés, aux muscles engourdis, tremblaient. Mais ses yeux étaient si secs qu’elle aurait été incapable de pleurer. Elle ne leur donnerait pas cette satisfaction. Cette pensée la rassénéra, et elle haussa le menton, croisant le regard de ses bourreaux.

–        Ton chleu a coupé ta langue de traîtresse en plus de t’ouvrir les cuisses ? Ou t’avoues juste que t’es coupable par ton silence ? brailla l’homme à la barbe grisonnante une nouvelle fois.

Elle ne répondit pas et tendit ses muscles, se préparant inconsciemment à la suite. Et ce fut la fin. Ou le début plutôt. De ce chemin de honte. Les quatre femmes furent violemment entraînées vers une estrade installée devant la mairie, alors que la horde leur balançait autant d’injures que de fruits putrides. Tout le village semblait rassemblé. Elles furent placées en ligne et l’une d’entre elles fut arrachée du rang pour poser debout sur le devant de l’estrade, le visage tourné vers la foule. A ses côtés, un homme monta sur un caisson de bois afin de dépasser la femme d’une bonne tête. Ses mains s’actionnèrent dans un cliquetis qui se répercutait et amplifiait toute la place de son écho. Et tandis que les mèches de cheveux tombaient mollement sur le sol, les clameurs s’intensifiaient jusqu’à couvrir le bruit tranchant des ciseaux.

Ensuite ce fut son tour. Elle n’eut pas la présence d’esprit de caresser une dernière fois ses pointes, et elle le regretta par la suite. Tout en fixant, sans la voir, cette horde qui lui jetait sa haine à la figure, elle s’abandonna à ses souvenirs. A l’accent prononcé et au rire clair. Aux mains abondantes de trésors qui leur étaient destinés. Aux sourires rassasiés de ses enfants. Aux effleurements grisants de la peau. Aux baisers brûlants. Cet homme l’avait aidée, avait comblé sa solitude, avait allégé sa condition et celles de ses enfants. Il l’avait aimée. Dans un contexte précis. Elle l’avait aimé aussi. Dans des circonstances précises. Pour ce qu’il faisait, pour les moments d’égarement qu’il offrait, pour ce qu’il était au moment de leur rencontre. Ni le passé ni le futur n’avaient de prise. Et de cette parenthèse, de cet échange arrangeant et interdépendant qu’on allait finir par oublier ou du moins omettre, elle allait se souvenir des yeux rieurs et des petits sillons.

Elle sentit la dernière mèche frôler sa joue et consentit à libérer ses souvenirs et à revenir à la surface. Son crâne la lançait, comme si on le tourmentait avec des aiguilles, et l’air glissait innocemment dessus. C’était une sensation étrange, inconnue. A la fois honteuse et libératrice. La honte, c’était ce que la foule voulait leur faire subir. A tout prix. La tonte n’était pas la dernière étape. Elles durent descendre de l’estrade, accablées sous les huées et les jets de nourriture. La horde vengeresse devenait plus violente, les bousculant avec force d’un rang à l’autre, les entraînant dans une marche d’humiliation autour du village. A un moment, la jeune lavandière qu’elle avait reconnue et qui était toujours en larmes, trébucha, et des hommes et des femmes en profitèrent pour la battre et tirer avec force sur ses vêtements en la remettant sur pied. Sa tunique déchirée jusqu’à la taille ne couvrait plus ses seins. Elle était tétanisée. Elle qui avait simplement dû accepter parfois de nettoyer le linge de quelques soldats occupants. Et c’était tout.

Elle croisa le regard désespéré et abattu de la première fermière qui l’avait employée pour quelques travaux dans les débuts. Un regard de soutien impuissant. Le tour du village dura une éternité. Quand le cortège passa devant l’école où l’on apercevait du coin de l’œil les petits visages appuyés sur les vitres, elle baissa la tête cherchant à dissimuler son visage derrière ses cheveux avant de se rappeler que ça lui était désormais impossible. Ce n’était pas seulement sa honte, mais aussi la leur. Elle s’en voulait de faire subir cette épreuve à ses petits, et à cette pensée son cœur se serra.

Enfin, la procession revint sur la place, et après des dernières injures et bousculades, les quatre femmes furent laissées à leur sort. Hébétées, elles hésitèrent sur la direction à prendre. Les trois autres finirent par rentrer chez elles. Elle suivit des yeux la jeune lavandière qui avait posé les bras en croix sur sa poitrine. Elle décida de s’asseoir à l’ombre du lavoir pour attendre la sortie des enfants. Le temps s’était tellement distendu qu’elle n’avait plus conscience de l’attente et s’était détachée de toutes les occupations du quotidien. Elle ne savait plus quoi faire, ni d’elle-même, ni de ses pensées, désormais vides.

Quand elle entendit des premiers élèves traverser la place, elle quitta le refuge d’ombre du lavoir pour se diriger vers l’école, un peu plus loin dans une rue adjacente. Elle essaya de s’abstraire des quolibets, des sifflements rauques et des reniflements de dégoût pour rester digne devant ses enfants. Mais elle ne put empêcher son ventre de se contracter et son visage de se figer dans une expression d’horreur en voyant l’œil gonflé de son garçon et la compresse appliquée dans les narines de sa fille. Elle s’accroupit et heurta leurs têtes dans une étreinte désespérée.

–        On t’a défendue, annonça simplement son fils, le menton haut.

Son air à la fierté blessée et à la redoutable détermination, du haut de sa jeunesse, l’ébranla. Comment ses enfants la voyaient-ils désormais ? A quoi ressemblait-elle ? Pour la première fois, elle toucha son crâne nu et meurtri. Elle sentit du bout des doigts quelques touffes de cheveux isolées. Elle se mordit furieusement les lèvres afin d’atténuer leurs tremblements et la boule qui se formait lentement dans sa gorge. Ils n’oublieraient pas. Elle embrassa ses deux petits, tour à tour, puis se releva. Et alors qu’ils quittaient les lieux, les regards de mépris et les remarques de haine l’affectèrent bien plus maintenant qu’elle était accompagnée de ses enfants.

Enfin, ils arrivèrent sur le chemin de terre, de retour de l’école. Tous les trois se tenaient par la main, elle au milieu. Elle pouvait encore englober leurs paumes et leurs doigts fins, même s’ils avaient bien grandi. Ils marchaient d’un bon pas, troublé. Les deux enfants portaient mollement leur cartable de leur bras libre. La douceur fraîche des rayons du soleil fatigué effleurait à peine leur peau, laissant leur visage dans l’ombre du feuillage des érables les surplombant. Une brise de fin d’après-midi presque automnale frôlait leurs joues, faisait s’agiter quelques mèches de leurs cheveux et irrita son crâne nu. La soirée s’annonçait belle, mais froide.

*****

Soudain, un frisson lui parcourut l’échine comme un pressentiment la traversant. Elle ralentit le pas en portant le regard un peu plus loin sur le chemin. Une silhouette s’approchait. Elle se sentit paralysée et s’arrêta, obligeant ses enfants à faire de même. Ils l’interpellèrent et la regardèrent avec curiosité. Puis, ils suivirent son regard indéchiffrable rivé sur la silhouette qui s’était elle-même révélée en un homme à la barbe foisonnante, à l’air exténué et à l’allure usée. Une fausse apparition ? Les exclamations des deux enfants semblaient pourtant bien réelles. Le souvenir de la photo les avait suffisamment marqués. Bien qu’il eût changé, certains traits de son visage restaient reconnaissables. Et sans réagir, immobilisée par un étrange sentiment de culpabilité, de soulagement et de mélancolie, elle les sentit lâcher ses mains et les vit courir précipitamment tout en s’écriant de leur petite voix :

–        Papa !

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