Sorties

Exposition « Dommages collatéraux – La violence faite aux femmes » par Patrick Fichet

Il est possible de découvrir l’exposition photo « Dommages collatéraux – La violence faite aux femmes » dans la chapelle des Dominicaines de Carcassonne, jusqu’au dimanche 3 décembre 2017. Organisée avec l’aide de la ville de Carcassonne et du Graph – Centre Méditerranéen de l’Image, cette expo présente le travail du photographe amateur Patrick Fichet sur la violence conjugale à travers le témoignage personnel de Céline sur sa mère.

Par sa démarche de photographie d’auteur et humaniste, Patrick Fichet façonne des images sensibles, qui ne tombent ni dans le pathétique, ni dans l’esthétisme, et qui partagent un point de vue unique : non pas celui de la femme battue, mais celui de l’enfant témoin, impuissant, mais affecté. Ce qui montre que les conséquences de telles violences sont plurielles et sans âge.

Dommages Collatéraux Introduction
© Patrick Fichet

Un témoignage personnel des « dommages collatéraux »

C’est en rencontrant Céline que Patrick Fichet a décidé de travailler sur la violence conjugale par le prisme des dommages que cela peut causer sur les enfants. Enfant témoin d’une mère battue et violée pendant de nombreuses années par son compagnon, Céline, adulte aujourd’hui, s’exprime sur la souffrance vécue à la fois par sa mère et elle-même. De telles violences affectent tout l’entourage de celle qui les subit : l’enfant qui en est témoin, dommage collatéral âgé de 6-7 ans, voit son passé et son enfance bouleversés. Comme le souligne justement Céline, c’est alors la relation mère-enfant qui est entaché par cet environnement familial violent : « en acceptant cet homme [le beau-père de Céline], en m’imposant une vie commune avec lui, elle a détruit la confiance qui unit un enfant à ses parents ».

Les dommages sur les enfants de la violence conjugale

Elle évoque aussi le silence qui entoure ces situations, silence de la victime, de l’entourage, de la famille : « à la maison, il y avait souvent des gens, les collègues de ma mère, éducateurs, les amis, les voisins. Et puis il y avait l’école, les instits et ensuite les profs ». C’est un jeu de dupes : celle qui subit cherche à cacher les violences, les autres tendent inconsciemment ou non à ne pas les voir.

En s’appuyant sur les nombreux entretiens avec Céline, le photographe façonne des photos de son quotidien, de son univers, en lien avec son passé et ses révélations. Monochromes, les images exposées dégagent une certaine sensibilité, une certaine pudeur, comme si l’on s’immiscait discrètement dans l’histoire, que l’on écoutait l’horreur sans juger, sans s’imposer, sans moraliser. Accompagnées des extraits d’entretiens avec Céline, textes et audio, elles prennent tout leur sens.

Un passé de violence conjugale

La violence contre les femmes : un sujet tabou au devant de l’actualité

Ce témoignage personnel, subjectif, rappelle cependant que l’expérience n’est pas unique, mais bien universelle. Elle fait écho, comme le rappelle Patrick Fichet dans l’introduction, à celles qui succombent. Car, en France, une femme sur 7 est victime de viol, une femme sur 3 victime de violence… et une femme meurt des séquelles de violence conjugale tous les 3 jours.

Témoignage audio de Céline

Cette exposition résonne particulièrement dans le contexte actuel de l’affaire Weinstein, de la campagne #MeToo, des prises de conscience et de parole sur des souffrances, physiques, sexuelles, psychologiques, vécues par de nombreuses femmes depuis bien trop longtemps. Les médias rassemblent des enquêtes, délivrent des statistiques et lâchent quelques chiffres sur les violences subies par les femmes dans le cadre conjugal, familial, professionnel, etc. Et les politiques, tentent de répondre à ces problèmes sociaux structurels en proposant quelques mesures sur l’éducation, l’accompagnement des victimes et la répression des auteurs de violence, aux portées insuffisantes avec un budget inadéquat.

Une femme meurt tous les 3 jours des séquelles de violence conjugale

Témoignage de Céline, dommage collatéral des violences subies par sa mère

Et face aux photos de Céline, ce samedi 25 novembre, journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, les émotions me submergent et les questions me taraudent. Je me sens stimulée par le courage de celle qui partage son histoire et celle de sa mère, par l’engagement et le travail de Patrick Fichet qui a su représenter l’indicible. Il ne faut pas que leur lutte, leur décision de s’exprimer, ne soient minimisées. On en prend conscience avec ce témoignage unique, cette violence n’est pas nouvelle, mais inhérente aux sociétés humaines. Et alors que l’actualité fait du sexisme et des féminicides ces choux gras, pour le moment, et en discute comme si c’était un fait nouveau, le doute guette… Il est plus que nécessaire d’en parler, et d’éveiller les consciences, mais il ne faudrait pas que ce ne soit qu’un « effet de mode de l’actualité », et qu’ensuite, les voix de ces femmes retombent dans l’indifférence et l’oubli.

Répresenter l'indicible

Exposition ouverte jusqu’au 3 décembre 2017
A la chapelle des Dominicaines de Carcassonne
Du lundi au samedi, de 14h à 18h30. Le dimanche de 14h à 17h.
Entrée libre

Publicités

4 réflexions au sujet de “Exposition « Dommages collatéraux – La violence faite aux femmes » par Patrick Fichet”

  1. Merci beaucoup pour votre analyse sensible et pertinente. Je suis heureux de voir que cette exposition, malgré mes doutes et mes incertitudes, semble toucher son public.
    Comme vous vous l’avez parfaitement saisi, mon objectif était simplement de raconter sans juger, sans moraliser, afin de laisser le spectateur libre et maitre de ses sentiments face à cette violence banalisée.
    Je vous rejoins totalement, il n’y a pas que le 25 novembre, jour international de la lutte contre la Violence faite aux femmes, il en reste 364, où il y aura encore plus d’une centaine de meurtres de femmes, sans parler de celles qui seront blessées dans leur chair à jamais, comme elles viennent en témoigner lors de cette exposition.
    Merci pour votre analyse pertinente et votre sensibilité qui ont su déchiffrer avec finesse le fond de ma pensée.
    Et merci pour vos éloges qui sont de beaux encouragements !
    Patrick Fichet

    J'aime

    1. Bonjour Patrick,
      merci beaucoup pour votre commentaire et vos compliments !
      Votre exposition est d’une grande importance, même aujourd’hui. Mais encore plus, votre démarche documentaire authentique et votre engagement sensible sont à souligner quand de nombreuses femmes, comme Céline ou sa mère, ne peuvent pas toujours s’exprimer librement, être prises au sérieux ou être simplement écoutées sans jugement.

      J'aime

  2. En raison de l’éloignement géographique je ne pourrai voir l’exposition sur place, mais le commentaire de Laurène fait parfaitement ressentir qu’il s’agit d’une exposition pleine de sensibilité sur un sujet grave et devenu banal pourtant. A VOIR absolument.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s