Livres, Revues

Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, par Ovidie et Diglee

Victime de son succès, Libres ! [le] manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels sorti le mois dernier est aujourd’hui en rupture de stock ! Rassurez-vous, il est en cours de réapprovisionnement. Afin de faire passer l’attente plus rapidement, pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la chance de l’avoir entre les mains, je partage ce petit compte-rendu.

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Ce livre hybride, fusionnant paragraphes argumentés, expériences personnelles et planches d’illustrations, est le fruit d’une longue collaboration de plus de 2 ans entre la documentariste, réalisatrice et ex-actrice porno, Ovidie, et l’illustratrice et auteure de BDs, Diglee. Hybride, donc, par sa forme et par son contenu, « ce qui était parti pour être un simple anti-guide sur la sexualité est finalement bien plus que ça : ce livre, c’est un manifeste » comme le révèle Diglee dans sa préface. Un manifeste féministe, à la fois drôle et sérieux, qui offre un regard réfléchi sur les pratiques sexuelles et les rapports hommes-femmes.

Car ici, pas de conseils censés « faire des femmes des amantes parfaites toujours contentes », mais plutôt des discours cherchant à déconstruire les idées préconçues sur la sexualité et le corps féminin, à déculpabiliser, à cultiver l’indulgence envers soi-même, et son propre corps. Comme le définit si justement Ovidie, le féminisme, c’est aussi

« le droit de disposer de son corps comme on l’entend, à poil ou en passe-montagne ».

Entre pédagogie et humour, un livre-BD qui aborde la sexualité sans prétention

Avec un format presque de BD, c’est un livre qui joue sur plusieurs plans mais qui se parcourt très simplement. En effet, l’équilibre a bien été trouvé entre les illustrations de Diglee qui ponctuent les textes d’analyse et d’opinion d’Ovidie d’un peu de couleur ou d’un feutre noir. Le tout s’avère harmonieux, bien ordonné, aéré et finalement instructif et agréable à lire.

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Divisé en 15 chapitres, chacun s’attaquant à un sous-thème de la sexualité en particulier, le manifeste n’a pas vocation à être exhaustif et à partager un avis sur tout. Ce ne sont même pas des avis à suivre à la lettre qu’Ovidie distribue d’ailleurs, ce sont plutôt des anecdotes personnelles, des prises de conscience décortiquées, des propos prônant indulgence, acceptation de soi et lutte contre les « injonctions et représentations ultra-normées » rabâchées chaque jour dans nos sociétés. Le tout est appuyé par des références et théories (comme le concept de « burqa de chair » de Nelly Arcan), des mentions d’autres voix influentes dans le milieu du féminisme (telles que Deborah Sundahl et Annie Sprinkle), des sources et enquêtes citées et des analyses issues de l’expérience et des connaissances d’Ovidie du monde pornographique notamment.

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Ainsi, Ovidie tape là où il faut (à savoir, sur les mécanismes d’oppression et ces normes et standards auxquels tout le monde devrait adhérer sans concession) tout en appelant à l’ouverture (à savoir, le fait de ne pas imposer ses propres choix aux autres). A son ton à la fois engagé et drôle, parfois même caustique, s’ajoutent alors les dessins bien typiques de Diglee, amusants et concrets. Nullement de simples illustrations, les dessins de Diglee, plus particulièrement encore les planches en couleur (une par chapitre), peuvent soit faire écho aux propos d’Ovidie sur un ton léger et ancré dans le quotidien, soit au contraire aborder les arguments de la coautrice sous un autre angle, apporter des voix alternatives, questionner d’autres points de vue.

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Fellation, tabou des règles et polyamour… 15 chapitres pour 15 sujets

Plusieurs sous-thèmes de la sexualité, des identités féminines, des corps des femmes sont traités dans ce livre, dont certains ont souvent fait l’actualité des médias (pour le meilleur ou pour le pire) ces derniers temps. On peut mentionner par exemple les représentations limitées et tronquées de l’organe féminin mal-aimé, les débats autour du fameux point G et la (re)découverte (première simple découverte pour nombre d’entre nous cependant) du clitoris que Diglee représente dans son entièreté dans le chapitre 8 pour l’occasion. Un simple petit bouton devenu un organe complet tout à fait épatant !

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Ovidie et Diglee font un petit tour des pratiques sexuelles, comme la fellation, qui, faussement vendue comme le “ciment du couple” dans les sociétés modernes, ne doit jamais être vue comme une obligation, ou encore la sodomie, qui hypocritement ne serait l’apanage que des femmes hétérosexuelles et des hommes homosexuels. Elles discutent aussi des identités sexuelles, parfois manipulées pour les besoins de la société de la consommation comme la bisexualité ou le polyamour. Pour conclure, selon les mots justes d’Ovidie, que “rien n’a à être tendance en matière de sexualité”.

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Enfin, Libres ! s’attaque à ces fameux diktats, ces normes et représentations traditionnelles que l’on s’impose, que les sociétés modernes occidentales nous ancrent dans l’esprit, au nom de ce système patriarcal qui, non malheureusement, n’a pas disparu, merci de ne pas jouer les sceptiques. Alors on s’interroge, on remet en question, on dénonce : le tabou des règles, un phénomène biologique pourtant naturel, dont personne ne veut parler et que personne ne veut voir, la dictature de l’épilation et la honte de la vieillesse, bien plus prégnantes chez les femmes que chez les hommes, ou encore la représentation constante de la sexualité comme pure performance et outil de domination irrespectueuse (et non comme un simple moment sympa ou ennuyant, avec une ou plusieurs personnes consentantes de son choix). Parmi ces normes, celle du poids aussi, de la dictature de la minceur, qui, illustrée par l’expérience personnelle d’Ovidie, m’a beaucoup touchée.

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C’est tout un pan de pressions sociales, axées sur le corps féminin, l’apparence et “l’objet-femme” comme désir, qui se condensent en une “burqa de chair” dont se voilent les femmes occidentales.

Conclusion :

Libres ! est fait, comme son nom l’indique, pour vous libérer, ou du moins vous faire sentir plus légère avec son message indulgent qui déculpabilise. Que ce soit dans les témoignages personnels d’Ovidie ou les dessins de Diglee, on peut se retrouver quelque part, une page peut nous faire écho. Et en prime, on découvre quelques références et on prend conscience des conséquences de certains discours oppressants sans lesquels on se sentirait quand même bien mieux. Parce que comme le répète à plusieurs reprises Ovidie, « chacun fait ce qu’il peut » !

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